Augmentation des taxes à Bopa : Les populations crient leur ras-le-bol, le maire Djossou se défend

Société

A Bopa dans le département du Mono, les populations font face à l’augmentation vertigineuse des taxes alors qu’elles avaient de difficultés à s’acquitter de celles qui existaient. Dans les secteurs du transport, commerce, et de la culture, elles ploient sous le poids des taxes, une situation qui complexifie l’existence des habitants, abandonnés à leur sort.

G. Joseph est conducteur de taxi moto à Lobogo, un arrondissement de la commune de Bopa. « Depuis que le droit taxi est passé de 1200 à 3000 FCFA en 2023, plus rien n’est comme avant », clame ce sexagénaire.

Or, « La taxe de 3000 F CFA a été fixée de commun accord avec l’Association des zémidjans », a expliqué le Maire Abel Djossou.

Rencontré dans la matinée de ce dimanche 1er mars 2026, G. Joseph stationné devant le centre de santé de Bopa, fait la ronde dans l’espoir de trouver son tout premier client de la journée.

« Les gens ne prennent plus de Taxi moto comme ça. Les femmes du marché ne vendent plus. C’est dans ce contexte que le droit taxi a augmenté. Alors qu’on avait déjà du mal à payer l’ancienne taxe fixée à 1200 F CFA, on nous dit d’un coup qu’on doit maintenant payer 3000 F CFA. C’est très difficile », se désole-t-il.

Au lendemain de l’installation du nouveau conseil communal de Bopa, G. Joseph ne sait encore à quoi s’attendre. « Certains de mes collègues disent que ça pourrait encore augmenter. Ma prière est que ça diminue. Car, nous souffrons déjà trop », a-t-il fait savoir.

À Bopa, les conducteurs de taxi moto ne sont pas les seuls à se plaindre de la hausse de certaines taxes. Approchés, plusieurs commerçants et femmes du marché sont exaspérés du traitement qui leur est réservé, par les percepteurs de la mairie. Ils décrivent une situation à la limite inextricable.

À en croire les témoignages, des usagers subissent des brimades de certains agents de la mairie parfois sur la route de Lobogo, où des barrières artificielles sont installées. Sans la moindre commisération, des femmes se voient brutalisées avec leurs marchandises sur la tête. Ce qui en rajoute à la colère déjà latente.
« Et pourtant, nous ne sommes pas des voleurs. On veut juste travailler, gagner notre pain. Où est là le mal ? », s’insurge Diane, 34 ans, dont le mari est cultivateur à Sèhougbato.

Mais le maire Abel Djossou contacté par l’Investigateur, clarifie. Selon ses propos, les populations s’obstinent à payer les taxes. « Ils ne veulent pas payer. Ils font tout pour dribbler la mairie », explique M. Djossou.

A.G, prêtre vodoun et grand dignitaire du culte Zangbéto à Bopa rapporte que les cérémonies sont désormais payantes. « Avant, on organisait sans difficulté les spectacles Zangbéto. Mais depuis quelques années, les choses ont changé. A chaque cérémonie, il faut forcément prendre l’autorisation à 20 000 FCFA, à la mairie. Sinon vous recevez une convocation suivie de pénalités », raconte-t-il. Or, il peut arriver qu’un adepte du vodun entre en transe sans prévenir. Dans ce cas, que faire si vous n’avez pas l’autorisation pouvant donner droit aux cérémonies suivies de sacrifices, s’interroge-t-il ?

A ce sujet, Abel Djossou, maire de la commune de Bopa, précise que le montant fixé a été le fruit d’une longue réflexion. « Il faut dire que nous traitons ces manifestations au cas par cas. Pour les rituels, si c’est des choses pour la purification du village et que nous savons que c’est vrai, parfois on ne prend rien », a-t-il rassuré.

Quoi qu’il en soit, la population n’est pas contre les taxes imposées. « On ne refuse pas les taxes. Ce n’est que de cette manière qu’on peut contribuer au développement de notre localité. Mais il faut reconnaître que les montants fixés sont exorbitants. On nous rend tout simplement la vie difficile. Les autorités doivent nous aider à les aider », a rebondi le dignitaire du culte Vodoun.

Interrogé sur les démarches menées par les dignitaires religieux à l’annonce des mesures, A. G dit avoir eu des discussions avec les représentants de l’État déconcentré qui sont restés intransigeants.

En dehors de ces taxes, les populations dénoncent plusieurs autres mesures comme, l’obligation d’autorisation pour les campagnes d’évangélisation (20.000 F CFA/jour), l’autorisation pour les manifestations culturelles (20.000 F CFA/ jour), l’autorisation d’inhumation 30.000 F CFA ... « Vous avez un parent malade qui est décédé parce que vous n’avez pas suffisamment de moyens pour payer ses soins à l’hôpital. Mais on vous dit que vous devez venir payer de l’argent avant de l’enterrer », regrette un anonyme.

Pour le maire Abel Djossou, la raison de la taxation des cérémonies fénéraires est bien connue. « Ils disent qu’ils n’ont pas l’argent mais c’est eux qui mettent sonorisation, bâche et autres pour les funérailles… », déplore l’autorité communale.


La réforme sur la décentralisation indexée

En effet, la hausse des taxes à Bopa a créé un véritable malaise au sein des populations. Pour certains citoyens, la réforme sur la décentralisation, consacrant l’arrivée des Secrétaires Exécutifs dans les mairies, est la cause du bouleversement des habitudes.

Investis d’un pouvoir qui fait d’eux, les ordonnateurs du budget dans les mairies, les Secrétaires exécutifs prennent parfois des décisions impliquant la vie des populations sans connaître réellement les réalités du milieu.

C’est du moins ce qu’a confié D.F., un jeune cadre anonyme exerçant à Bopa, qui plaide pour un réajustement des montants des taxes.

Le Maire de la commune de Bopa, Abel Djossou, a été clair sur le sujet. « Ce n’est pas le Maire ou le SE qui fixe les taxes. Mais c’est le conseil communal », a-t-il clarifié, affirmant que les taxes constituent la seule porte de sortie pour la mairie. D’autant plus que la commune ne dispose pas d’autres ressources pouvant lui permettre d’exécuter son plan de développement.

Ces dernières années, la commune de Bopa a enregistré des prouesses remarquables. Première selon les résultats sur l’indice de gouvernance locale et pour le FaDeC 2023, elle a coiffé les communes du Mono dans le cadre de la mobilisation de ressources propres en 2024, au poteau. Elle a laissé derrière elle, les communes de Comé, Houéyogbé et Lokossa.

Une première dans l’histoire politique de la cité de l’or bleu. Cependant, des réactions mitigées émergent quant à l’utilisation des ressources de la commune.

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Tossou Ignace

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