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France : un franco-béninois tabassé par la police, raconte sa mésaventure

L’investigateur 7/06/2021 à 12:45

Le franco-Béninois, Brice Hounza champion du monde de grappling Gi (en 2018), 23 ans a été interpellé, puis battu par des policiers le 02 avril 2021 alors qu’il rentrait chez lui à Fontenay-sous-Bois. A la faveur d’une interview accordé à Encrage média, la victime a raconté sa nuit d’horreur vécue dans les mains des agents de la BAC 94, la Brigade-Anti-Criminalité.

Accusé à tort de tirs de mortier en marge d’une nuit d’émeutes à Fontenay-sous-Bois, voici en exclusivité le récit de la victime.

Que s’est-il passé le soir du 2 avril 2021 ?

J’étais avec une amie vivant à côté de chez moi, à Fontenay-sous-Bois. Elle m’a appelé après le travail pour qu’on se voit, cela faisait un moment. Elle est passée à la maison car ma mère fêtait le diplôme d’une amie de ma sœur, aux alentours de 18h. Elle devait partir pour le couvre-feu mais on entendait sans cesse des tirs de mortiers. Cela faisait plusieurs jours qu’il y avait des troubles aux alentours de la Cité Picasso, à côté de chez moi. Au départ, des jeunes appelaient les pompiers pour leur tirer dessus. Les pompiers appelaient la police et cela finissait en confrontations. Ils ne voulaient plus venir, c’est là qu’ils ont mis le feu aux poubelles pour les obliger à revenir, et rebelote. C’était de plus en plus ingérable, la veille il y avait carrément des dizaines de cars de police. Ce soir-là même chose, et les policiers étaient en bas de la maison. On s’est dit que ce n’était pas le moment de sortir, vers minuit il n’y avait plus un bruit. J’ai décidé de la raccompagner car je ne voulais pas la laisser faire le trajet seule. Elle habitait à 300 mètres. Au retour, devant la maison de ma mère, 5 à 6 agents de la BAC se tenaient devant moi. J’ai avancé vers eux, l’un d’entre eux m’a braqué et m’a demandé de montrer mes mains, ce que j’ai fait. Je me suis dit « bon, ils vont voir que je n’ai rien et ils vont me laisser continuer. » A ce moment-là, j’ai eu un coup de chaud mais je me suis dit qu’au vu de la situation, il avait peut-être peur que je tienne un truc. Ils étaient agressifs mais ils devaient être sous tension, c’est normal qu’ils ne soient pas sereins non plus. Ils m’ont demandé de me mettre par terre à genoux et c’est à partir du moment où j’étais au sol qu’ils ont commencé à me frapper. Impossible de savoir combien d’agents m’ont frappé car j’étais face contre sol, mais sachant que je me suis pris des coups des deux côtés, il y en avait forcément plus d’un.

As-tu dit ou fait quelque chose pour tenter de leur échapper ? De donner ton nom ?
J’ai essayé de leur dire que je n’avais rien fait, mais ils m’ont dit de « fermer ma gueule. » Ils m’ont mis des coups dans la tête, dans les hanches, les cuisses, des deux côtés. Mes lèvres ont râpé le bitume à force de coups dans la tête, et se sont ouvertes.

Qu’as-tu pensé à ce moment-là ?
J’ai décidé de ne rien dire d’autre car je me suis dit que si je criais, je me prendrais plus de coups. Je me suis juste dit « encaisse », comme à l’entraînement. Ils m’ont menotté, l’un d’entre eux m’a relevé la tête par les cheveux. Il m’a demandé si cela m’amusait, puis a cogné ma tête contre le sol. Ils m’ont ensuite emmené un peu plus loin.

Tu étais dans quel état lorsqu’ils t’ont relevé ?

J’étais sonné à ce moment-là. Je commençais à avoir mal à la tête, à la mâchoire. Ils m’ont emmené de l’autre côté de la rue et m’ont fait asseoir à un rond-point, où il y avait toutes les voitures de police et une poubelle qui brûlait. J’ai attendu 5 à 10 minutes contre une voiture, avec un policier qui avait mis sa jambe entre mes bras pour m’empêcher de bouger. Je me suis dit qu’ils allaient m’emmener au poste, prendre mon identité et me laisser repartir.

Au bout d’encore dix minutes, ils m’ont embarqué et dans la voiture le policier à côté de moi m’a demandé si cela me fait rigoler de caillasser ses collègues. Il a commencé à me mettre des droites dans la tête et dans la gorge, j’ai quand même réussi à glisser quelques phrases. Je lui ai dit que j’étais sportif de haut niveau et que je m’entrainais avec des flics, que je n’avais jamais eu de problème et n’ai pas de problème avec la police.

Je lui ai dit que j’étais ingénieur informatique, et que les mecs m’avaient empêché toute la semaine de dormir avec leurs tirs de mortiers. Ils ne me croyaient pas, me disaient de fermer ma gueule, que de toute façon « t’es pas enregistré. » J’avais peur qu’ils m’emmènent dans un autre endroit que le commissariat pour continuer de me tabasser. Ils ont arrêté de me frapper à une centaine de mètres du poste de police. Durant tout le trajet, j’ai eu droit à « t’es un lâche, t’es un bâtard, les mecs comme vous êtes des enculés. » Au commissariat, un autre jeune était là. Je ne l’ai su que plus tard mais les policiers ont dit qu’on était ensemble ce soir-là, alors que je ne l’avais jamais vu. Ils ont contrôlé mon identité, et dès mon arrivée celui qui était à l’arrière avec moi et me frappait s’est éloigné.

A ce moment-là, je ne voulais qu’une chose c’était rentrer chez moi. Je commençais à sentir la douleur, ils m’ont proposé de voir le médecin. Comme un imbécile, j’ai pensé que j’allais enfin bientôt sortir et j’ai dit non. C’était ma première garde-à-vue, je ne savais pas comment réagir, je ne savais pas comment cela se passait. J’ai déjà eu une amende de stationnement, mais c’est tout. Et encore, je l’avais contesté et on m’avait donné raison !

Ils m’ont menotté au banc de vérification. Je leur ai donné mon nom et ma carte Navigo et mon téléphone, mes seuls effets personnels. Ils ont effectué une reconnaissance faciale et je ressemblais à un mec enregistré. Les agents de la BAC qui m’ont violenté ont affirmé que c’était moi, un débat s’est lancé. Je leur ai dit qu’ils n’avaient qu’à taper mon nom en ligne pour me trouver, étant sportif de haut niveau avec des résultats à l’international. On m’a rétorqué qu’on disait « à l’internationaux », ce que je n’ai pu m’empêcher de corriger. Ils sont alors devenus plus calmes une fois qu’ils se sont décidés à taper mon nom sur Internet, me disant qu’il ne fallait pas sortir aussi tard et de « dire aux mecs d’arrêter de faire de la merde. »

Comment te sentais-tu au commissariat ? Tu ne t’es pas énervé à un moment donné ?

Non, je suis quelqu’un de calme en soi. J’étais un peu en « mode survie », je me disais que c’était la vie et que j’allais m’en sortir. C’était « oui Monsieur, non Monsieur. »

Comment étaient les agents de police une fois leur méprise révélée ?
Changement d’ambiance lorsque les agents de la BAC sont partis. Les agents du commissariat de Fontenay étaient plutôt gentils, pas du tout antipathiques. Ils m’ont mis en garde-à-vue car les agents de la BAC m’avaient accusé de leur avoir tiré dessus au mortier, d’être parti en courant et d’avoir résisté à l’interpellation. Ils n’avaient aucune preuve à avancer, même pas de traces sur mes doigts, c’est pour cela que je suis reparti sans suite du commissariat.

Ces mêmes agents m’ont verbalisé pour « rassemblement interdit sur la voie publique » et « non-port du masque », que j’ai toutes les deux contesté. En effet, ils m’ont verbalisé à 1h30 du matin, alors que j’ai été interpellé vers minuit et arrivé au poste à 00h30.

Je n’ai pas pu faire la garde-à-vue à Fontenay car il n’y avait plus de place, et j’ai été transféré à Vincennes. Cela s’est bien passé là-bas, les policiers étaient aussi gentils. J’ai vu mon avocat d’office et j’ai été à nouveau interrogé, et on m’a fait comprendre que j’allais ressortir sans charge. A 15h30 j’étais libre, on m’a informé que si je voulais porter plainte, je devrais attendre jusqu’à 19h. Je suis resté en garde-à-vue de 00h30 à 15h30, je n’en pouvais plus. Je suis sorti et j’ai porté plainte à l’IGPN le 20 avril.

Le lendemain de ma sortie, je suis allé voir un médecin mais mes lèvres avaient déjà un peu dégonflé. Mais je n’ai vu le médecin aux urgences médico-légales pour évaluer mes I.T.T. (Incapacité Temporaire de Travail) qu’un mois plus tard. La plupart de mes blessures avaient guéri après ce laps de temps.

Comment te sentais-tu après cela ?

En rentrant je me suis écroulé, j’ai dormi douze heures. Mais à partir du lendemain, je n’ai plus dormi pendant deux semaines. Je cogitais, j’avais des absences. Je n’arrivais plus à travailler. Je me demandais ce que j’aurais pu faire de plus, si j’avais pris un autre chemin pour rentrer chez moi, ce qui allait se passer après… J’étais en train de réaliser ce qu’il s’était passé. J’ai pris rendez-vous avec un psychologue mais le rendez-vous est pour la fin du mois… Pendant 4 à 5 jours, je ne suis pas sorti. Puis quand j’ai recommencé, je ne sortais plus seul de chez moi, j’étais toujours accompagné : soit mon père, ma mère, un ami… Une fois, des amis m’ont proposé de se retrouver dehors dans l’après-midi. Quelqu’un a dû venir me chercher car je ne pouvais pas sortir seul. Quand je me suis remis à sortir seul, j’ai croisé des policiers en allant me faire vacciner. J’ai eu un choc et un coup de chaud, je ne me sentais pas bien. Une autre fois en rentrant du judo, j’ai croisé une voiture de policiers et j’ai ressenti de la panique.

Un dernier commentaire ?

Ce qui est grave, c’est d’une part les violences et d’autre part les mensonges des policiers. C’est dur de se dire qu’ils sont assermentés, peuvent mentir aussi effrontément et passer une bonne journée. On nous interdit aujourd’hui de filmer les flics, mais on devrait au moins les obliger à avoir une caméra sur eux. Même pour eux hein, parfois je vois des vidéos de bavures policières où tu vois un mec qui se débat et des flics qui le maintiennent.

Bah tu ne vas pas dire que c’est une violence policière, ils font leur travail. Tu ne vas pas laisser le mec s’enfuir. C’est important aussi pour ces moments-là d’avoir une caméra, pour que tout le monde soit fixé sur la réalité. Ne pas pouvoir filmer, ça profite juste aux pourris. Et en l’occurrence ça leur profite totalement parce que c’est leur parole contre la mienne.

Pour son avocat Maître DRAI Jean-Elie, du cabinet ADLR Avocats, "Brice n’a rien à se reprocher, c’est un citoyen modèle et un sportif de haut niveau traité comme un fauteur de troubles alors qu’il est totalement innocent, c’est insoutenable. Une plainte a été rédigée et sera envoyée au Procureur de la République dans la semaine."

Il faut noter que Brice Hounza également 2ème au championnat du monde junior jujitsu brésilien en 2016, et actuellement développeur informatique a porté plainte à l’IGPN pour « violences volontaires par personnes dépositaires de l’autorité publique.




 
 

 
 
 

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