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Chronique
C’était l’ère Boni YAYI. Il y avait, en ces années-là, encore en activité, un homme ; un baron de la presse.
Il avait l’art et les moyens de remuer le pays quand il le voulait ; et comme cela n’avait plus besoin d’être prouvé, il était plus sage de l’avoir avec soi que contre soi.
Dernier trimestre de l’année 2010. L’affaire dite ICC SERVICES, du nom d’une structure illégale de placement d’argent, secouait le pays ; et comme les mis en cause avaient pu trouver_ avant la scandaleuse explosion_ quelques intelligentes occasions de s’afficher aux côtés du Chef de l’État d’alors, le président Boni YAYI, ils en avaient paru crédibles ; et il semblait bien que cela eût déterminé certains compatriotes à leur confier leur épargne, dans l’espoir de la voir se démultiplier.
Lorsque la pyramide se fut écroulée et que les épargnants se furent trouvés en détresse, spoliés de leur épargne, le gouvernement, avec à sa tête son chef, ne tarda pas à se retrouver dans l’œil du cyclone.
Dans les médias comme dans les potins, aux coins de rue, la responsabilité du gouvernement était pointée du doigt, sans ménagement.
Ce soir-là, le baron de la presse conduisait une opération spéciale de déminage. Il avait la complexe mission de faire basculer l’opinion, après avoir quelque peu contribué, dans l’ombre, à l’envenimer au détriment du pouvoir ; et pour y arriver, outre son propre canal_ ce n’est pas le nom d’un média, mais un mot_ il devrait mobiliser toutes les grandes audiences, de la presse écrite à la télévision, en passant par les radios, les grogneurs et l’incontournable Dah Houawé.
L’homme connaît le boulot. Mais comme l’équipe de "Bonjour Citoyen", avec à sa tête Expédit, était précédée d’une teigneuse réputation, il ne me semble pas qu’il eût pu penser gérer ce segment sans difficulté.
Mais c’est lui ; et là où la hiérarchie à l’ORTB, et le pouvoir, depuis la Marina, avaient, avant lui, mordu la poussière, la magie du sorcier des médias allait peut-être pouvoir opérer.
Le voilà, recevant, pour le compte de "Bonjour Citoyen", son jeune-frère Expédit OLOGOU.
Lorsqu’il eut fini de planter le décor et brandit ensuite ce qui aurait dû être, selon les pratiques courantes, l’irrésistible argument, le jeune journaliste déclina poliment l’offre, prenant cependant le soin de ne paraître l’embarrasser en jouant au donneur de leçons. Il n’en fut pas moins ferme. Il existe, l’on veut un en user, un art pour dire "NON" sans blesser.
Le baron partit d’un éclat de rire et s’exclama, tandis que défilaient dans sa tête tous les clichés qu’il avait préalablement collectés sur Expédit :
– Hahahaha ! Toi, quel journaliste tu es et tu ne bois pas, ne fumes pas, ne baises pas, et ne prends pas l’argent ?
Mon ami ne put se retenir d’exploser de rire à son tour.
La mission consistant à trouver des éléments de langage et des arguments à la décharge du gouvernement et de son chef, le travail fut si bien fait que le lendemain, tous les médias presque, à l’exception remarquée de l’émission BONJOUR CITOYEN, ramaient à compte-courant de leur posture initiale, prenant la défense de Boni YAYI et de son gouvernement.
C’est donc dans ce contexte que quelques jours plus tard, M.Stanislas POGNON, très ancien ministre de l’économie, avec le respectable poids de l’âge et l’autorité du titre, fut extrait de son retranchement et envoyé sur notre plateau, sur recommandation expresse du Directeur de la télévision, M.Stéphane TODOME, muni d’une brochure consacrée au sujet ICC SERVICES.
L’ouvrage aurait dû pouvoir blanchir le gouvernement. Mais Expédit et moi avions eu la cruauté_ c’est une mauvaise habitude _ de poser quelques mauvaises questions, pas très avantageuses en tout cas pour le ministre et incidemment, pour le gouvernement que son bouquin était censé aider.
M.TODOME en devint si rouge de colère et qu’il voulut que le "lézard" c’est-à-dire, moi, fût débarqué de l’équipe sans autre forme de procédure.
La réunion que nous tiendrons plus tard, dans la soirée, avec le Directeur général, M. Pierre AKPAKI, échouera à nous mettre en accord pour la poursuite de l’émission, les exigences étant que je fusse banni du débat sur l’actualité nationale, que ma chronique humoristique "PAN PAN" fût supprimée de l’agenda de l’émission et que je n’eusse, sur ma rubrique littéraire, que de gentils ouvrages au programme à présenter.
J’avais la fâcheuse habitude de présenter des ouvrages engagés dont les développements finissaient par sembler viser le gouvernement.
Retirés dans le bureau de notre équipe, une pièce de 9m² nichée dans les bras du grand studio de l’ORTB, nous devrions passer à l’analyse de la situation et prendre une décision.
Prenant la parole en premier, après avoir exprimé mon indignation, je conclus mon propos en martelant ma démission de l’équipe de l’émission.
À ma suite, James William Gbaguidi, Wilson GAKPETOR, Wenceslas MAHOUSSI, Marc HOUÉSSOU...tous conclurent qu’il n’était pas question de poursuivre l’émission sans moi.
Nous nous saisîmes du Livre d’Or de l’émission et nous y inscrivîmes ces mots forts : NOTRE CONSCIENCE N’EST PAS À VENDRE.
Bonjour Citoyen, à cette date, était entendue finie. Il y aura un rebondissement.
Expédit ne parvint pas à dissimuler son émotion. Et intervenant le dernier, il semblera nous faire le procès de l’avoir abandonné.
– Vous êtes-vous demandé, un seul instant, ce que moi, je deviendrai, nous lança-t-il ?
Nous nous retirâmes des lieux sans piper grand mot et nous dispersâmes, chacun en direction de sa maison.
Le lendemain, le Directeur général, Julien AKPAKI, convoqua une nouvelle réunion à laquelle je n’étais pas convié.
Il eut, en ces circonstances, le mérite de réussir à trouver les mots et les arguments pour convaincre mes camarades, à telle enseigne que le lundi suivant, ceux de nos proches qui avaient eu écho des derniers événements étaient un peu surpris de voir l’émission se tenir avec l’équipe quasiment au complet, à l’exception notable de ma personne remplacée, à l’occasion, par mon ami, Daté BARNABÉ-AKAYI, écrivain et enseignant de français. Un excellent et irréprochable profil pour le job ; et pour mieux faire, la télé ayant quelques incommodantes exigences, Daté avait même dû consentir jusqu’au sacrifice de sa barbe.
À la fin de ce numéro de l’émission, je ne me souviens plus de qui m’aura appelé, entre Expédit OLOGOU et Gaston ZOSSOU pour savoir là où je me trouvais.
Je me souviens que peu de temps après, je fus rejoint par les deux.
À l’effet d’obtenir le fléchissement de ma position, Expédit s’était en effet fait accompagner de celui à qui j’étais censé ne pas pouvoir dire NON.
Je restai d’une implacable intransigeance et leur répondis par du Amadou Kourouma : "Quand on refuse, on dit".
Face à mon inflexibilité, ma blessure demeurant vive et ma dignité me paraissant engagée, je les fis retourner bredouilles. Sans regret.
J’eus ensuite le temps d’observer qu’à compter de ce moment, la rupture de notre belle amitié avait été actée par Expédit.
Je ne l’entendis d’abord pas ainsi ; me disant qu’il était assez bien placé pour comprendre mon indignation face à la violence des mots avec lesquels le Directeur de la télévision m’avait laminé.
Je n’eus pas besoin de trop de temps pour constater, dans la douleur, que mon complice de plateau prenait pour trahison mon refus de revenir dans l’émission, et cela me remontait sans cesse.
Et dans la foulée, lorsque l’occasion nous arrivait de nous croiser, le courant était on ne peut plus froid et glacial.
Parallèlement, les camarades restés dans l’équipe tentaient de leur mieux, sous la direction du chef d’équipe, de maintenir la ligne d’avant ; et c’était bien à leur avantage ; car le contraire eût immanquablement fait perdre à l’émission son âme ; et cela les aurait exposés au désamour.
Un jour, alors que je m’étais rendu à la maison de la radio pour introduire une demande de couverture médiatique au profit de la Fondation Zinsou dont j’avais la charge de la visibilité des activités, un de nos aînés à l’ORTB, M.Paul AMOUSSOU, qui ne m’avait pas revu depuis des mois, me prit avec beaucoup de chaleur et me lança, sans attendre un mot de ma part :
– Ah ! Tu es venu voir ton ami. Il est dans son bureau.
Et avant que je n’eusse placé un mot, il me traîna par la main, toqua et ouvrit la porte en lançant à Expédit :
– Ton ami est venu te voir !
Je lançai machinalement, avec gouaille des jours de bonheur, son nom de code "Assipé" ; et Expédit me répliqua avec chaleur, instinctivement : "Assipé sipé !"
Je repartis donc de là soulagé, me disant que nous venions ainsi, accidentellement, de faire la paix.
De l’autre côté de la grande maison, à la télévision nationale, la persistance de Bonjour Citoyen dans sa quête de ligne d’indépendance raviva les tensions entre l’équipe d’Expédit et le Directeur de la télévision.
Pour reprendre la main, M.TODOME prétexta de l’approche de l’élection présidentielle de 2011 et fit suspendre, provisoirement, l’émission.
Parallèlement, il prit le soin de signer des contrats de collaborateurs extérieurs avec certains des membres de l’équipe avec qui il avait se faire des atomes crochus, les occupant à des fronts froids, loin de la tension consubstantielle à l’analyse de l’actualité nationale.
Dans ces conditions, "Bonjour Citoyen" ne se remit jamais de sa suspension éternellement provisoire.
Pendant ce temps, ailleurs, le prochain terrain qui devrait nous réunir, Expédit et moi, se dessinait autour du lancement d’un ouvrage du Professeur Roger GBEGNONVI : l’Afrique entre enfer et purgatoire après 50 ans d’indépendance...
Je ne sais pas quel mérite j’avais à ses yeux, mais le professeur voulait que j’y joue_ j’eusse pu ou même dû mettre "jouasse" un rôle.
Il en informa Philippe HADO, l’éditeur, et ce dernier lui fit savoir qu’il avait prévu Expédit pour la présentation de l’ouvrage.
Il lui fit alors la proposition de me voir dans le rôle de Maître de Cérémonie.
M.HADO demanda à consulter Expédit pour prendre son avis de non objection.
Expédit avait déjà prévu le journaliste et animateur Odilon YACOUBOU, dans ce rôle ; et il n’y avait pas de raison de le remplacer.
Ne trouvant aucune place où me glisser, et embarrassé par la situation, le Professeur descendit de Ouidah et me fit le rencontrer au domicile d’un proche :
– Dis-moi, fit-il, y-a-t-il un problème entre ton ami Expédit et toi ?
– Euh ! Enfin...Pas vraiment. Seulement, il n’a pas aimé que je sois parti de "Bonjour Citoyen" et il y a suffisamment de signes qu’il m’en veut à ce propos. Mais je crois que ça va mieux à présent.
Le Professeur secoua la tête et promit m’envoyer quelqu’un le lendemain.
Giovanni, artiste-musicien, fils de sa sœur Marie-Louise, passa me voir à mon bureau, à Sikecodji, le jour suivant.
Il devrait meubler l’intermède musical à l’occasion du lancement, et son oncle, Roger, exigeait que le morceau fût choisi par mes soins et sa prestation préalablement validée par moi.
Je suggérai à l’artiste Tchimbé Raid Pa Moli, une chanson de Saël en hommage aux opprimés que j’aimais bien.
Nous nous retrouvâmes le jour "J" sur le lieu du lancement, au Chant d’Oiseau.
Quarante-cinq minutes après l’heure prévue pour le démarrage, et alors que tout était en place, le maître de cérémonie prévu n’était toujours pas sur les lieux.
L’attente se faisant longue, GBEGNONVI, à un moment, perdit patience et ordonna, d’autorité, que je me substitue à ce dernier ; et vu le moment et le temps, plus personne n’eut un mot d’objection.
Surtout pas moi, bien que je n’eusse encore jamais vu l’ouvrage, et que je ne fusse guère préparé à ce rôle qui, du reste, n’a jamais été dans mon champ d’intérêt.
C’est ainsi, qu’en ce jour, Expédit et moi pour la première _ et c’était aussi la dernière _depuis Bonjour Citoyen, nous retrouvions autour d’un livre, lui, dans le rôle que j’adore, et moi, à peu près dans le sien.
Et tandis que j’avais le sentiment, intérieur, de ne pas avoir été tout à fait à la hauteur de son rôle, j’étais impressionné par la façon dont il avait été performant dans celui qui fut, souvent, le mien.
Il est fort.
Constantin AMOUSSOU
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