Bénin

Affo, dans le maquis l'exilée évoque ce qui l'attriste. Lire les détails

L’investigateur 1er/08/2021 à 16:29

Béninoises et béninois chers compatriotes.

C’est avec une grande joie que je vous retrouve en cette veille de la fête de l’indépendance, après une si longue absence.

Jamais, 1er août n’aura autant revêtu pour moi le parfum de la liberté. Vous me permettrez à l’entame de mes propos, d’avoir une pieuse pensée, pour ma maman, notre maman, la présidente, l’honorable Rosine Vieyra Soglo qui s’en est allée vers la félicité éternelle. Elle fut pour moi un modèle vivant d’inspiration de détermination et d’exemplarité.

Rosine Vieyra Soglo est partie les armes à la main. Rosine Vieyra Soglo est partie en nous montrant qu’il n’y a pas d’âge pour se battre pour ses convictions. Qu’elle repose en paix, nous continuons le combat.Mes pieuses pensées aussi, à tous les compatriotes qui ont perdu leur vie dans lutte pour la liberté, la restauration de la démocratie et de l’État de droit, sous l’ère de la rupture. Votre combat ne sera pas vain. Béninoises mes sœurs, béninois mes frères, chers compatriotes, c’est avec un cœur néanmoins empli de tristesse, que je vous parle en ce jour.

Comment en effet ne pas être triste, lorsqu’on sait que des innocents croupissent dans les prisons, pour délit d’opinion, surpris pour certains dans leur sommeil, kidnappés dans la rue dans des scénarios dignes des films hollywoodiens pour d’autres, et pour quelques-uns, enlevés en pleine prière dans des églises, des mosquées, qui ne sont plus des lieux respectés. Que le Seigneur ait pitié des commanditaires. Mes pieuses pensées vont donc tout naturellement à tous les prisonniers politiques, qui allumeront dans leurs cœurs, la flamme de la liberté, le dimanche 1er août 2021. Cette flamme scintillera de mille feux, et éclairera, les obscures geôles de la République, où ils sont entassés tel des sardines. Cette flamme redonnera espoir, et permettra de tenir, dans les situations inhumaines où les promenades journalières leur sont interdites, et où voir la lumière du jour est un délice.

Chers camarades prisonnières et prisonniers pour la défense de la liberté ; du fond de vos cachots, recevez mes salutations fraternelles et ma détermination sans faille à continuer à œuvrer de l’exil où je suis, pour votre liberté, notre liberté. L’exil non plus n’est jamais chose facile. L’impossibilité de retourner chez soi, de fouler sa terre de nos ancêtres, d’assister aux réunions de familles, de participer aux cercles d’amis, d’enterrer ses morts, de respirer l’air de chez soi, de humer le parfum de ses proches, vous enlève en exil, si vous n’y prenez garde, toute volonté de combat, et d’affranchissement. C’est pour cela, que mes pensées vont aussi tout naturellement à tous camarades compagnons d’exil éparpillés à travers le monde. En cette période, symbole de l’indépendance de notre pays, je vous prie de tenir bon. Le bout du tunnel n’est pas bien loin.

Nous avons choisi une certaine forme de liberté ; la liberté d’aller et de venir, de continuer notre combat pacifique dans le respect de nos engagements envers ceux qui nous hébergent. Je garde l’espoir, qu’avec le travail que nous avons entrepris, tous les enfants du Bénin, de quelque bord politique qu’ils soient, se retrouveront bientôt pour fumer le calumet de la paix, et regarder dans la même direction, celle de la construction d’une nation démocratique, où plus jamais les démons de la confiscation du pouvoir, de l’autocratie et de la dictature, ne hanteront plus aucun esprit. Nous avons le devoir de rompre le cercle de violence gratuite. Il n’a jamais été question de violence ni de terrorisme au Cadre National de Concertation. La haine le désespoir, peuvent certes entraîner la violence. Malgré tout ce qu’ils nous ont fait vivre, et continuent de nous faire vivre, malgré la dureté de la répression, il n’y a pas, et il n’y aura pas de haine en nous. Il n’y a jamais eu et il n’y aura pas de violence en nous.

La seule chose sur laquelle nous comptions, c’est la détermination du peuple à se battre pour sa liberté. Cette détermination que nous savons que vous portez toujours au fond de vous. Il me plaît donc ici de vous supplier, de rester debout, et d’être sereins. Vous pouvez pardonnez si le vous voulez, mais vous n’avez pas le droit d’oublier. Béninoises mes sœurs, quel plaisir de vous revoir bientôt. La distance n’émousse en rien mes sentiments de fierté, d’être votre fille, votre, sœur votre mère votre amie.

C’est avec un réel plaisir, en cette veille de la fête de l’indépendance, que je vous adresse mes sincères vœux de bonheur et de stabilité dans vos foyers. Mon combat, notre combat de femmes, avait aussi pour but de nous alléger les difficultés à remplir notre rôle déjà bien compliqué, de femmes, d’épouses et de compagnes.

Chers compatriotes, je sais, combien, par exemple, remplir le panier de la ménagère, est devenu un vrai parcours de combattant. Le gari, le maïs, le mil, le fonio, l’igname, la tomate, même le petit piment sont devenus des denrées extrêmement rares et coûteuses. C’est pour cela, que je nous souhaite en ce jour anniversaire de notre indépendance, beaucoup de courage, car nous devons garder espoir. Nous devons nous engager, être déterminés, et unir nos forces, pour la construction d’une société de fraternité, de justice et de travail, où règnent la paix et la liberté.

Béninoises et béninois, chers compatriotes, nous sommes loin les uns des autres physiquement, mais nos cœurs sont à l’unissons, dans l’espérance que bientôt, l’intelligence retournera au forum, le bon sens n’aura d’autre choix que de présider notre destin commun pour la construction d’une nation unie et prospère pour que vive la république.

Joyeuse fête de l’indépendance

Vive la démocratie Vive le Bénin.




 
 

 
 
 

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