Bénin

Bénin : Kani, Fati et Jennifer. Les 03 transgenres menacés de mort, racontent leurs mésaventures

Bénédicte BANKOLE 14/05/2021 à 12:23

Interpellés dans un bar à Cotonou par une foule en colère dans la nuit du 30 avril au 1er mai 2021, les trois transgenres dénommés Kani, Fati et Jennifer, toujours sous menaces, ont fait le récit de leur agression à Amnesty International. D’après leur récit, ils ou elles ont été victimes d’un piège tendu par un de leurs amis.

En attendant les poursuites judiciaires engagées contre les auteurs de cette agression, les trois victimes qui ont trouvé refuge auprès d’une association ont fait le récit de leur calvaire à Amnesty International.
Selon Kani, Fati et Jennifer, il s’agit d’un piège tendu par l’un de leur ’’ami’’. Ce dernier les avait invitées à un ’’anniversaire’’ dans un bar qu’elles avaient l’habitude de fréquenter à Cotonou.
Arrivées sur les lieux, ils ou elles ont senti que l’anniversaire en question n’aurait pas lieu. Leur ’’ami’’ faisait des va-et-vient à l’intérieur du bar, et des hommes qu’elles ne connaissaient pas venaient s’asseoir à tour de rôle à côté d’elles, comme pour les observer de près.

L’une d’elle raconte :

« Notre ’’ami’’ a appelé Fati à l’extérieur, mais une fois dehors il n’était plus là. Deux garçons ont alors commencé à l’agresser et à voler ses biens, après lui avoir demandé si elle était un homme ou une femme. Nous avons voulu sortir pour la rejoindre mais la porte avait été fermée. On ne pouvait ni s’enfuir, ni aider Fati. Finalement la porte a été ouverte et nous nous sommes aussi retrouvées dehors avec elle. On m’a demandé si je suis un garçon ou une femme, je n’ai pas répondu, puis j’ai dit que je suis une femme transgenre. L’homme qui m’a posé la question n’a pas compris ce que je disais. Il m’a alors touché et a commencé à me gifler quand il a constaté que je n’avais pas de seins. », a-t-elle dit.
Puis elle poursuit :
« On avait déjà commencé à nous prendre en photo. Ensuite les gars ont commencé à nous menacer en nous demandant de nous déshabiller. Ils ont commencé à le faire avec force, à tirer nos vêtements. Je criais qu’ils n’ont qu’à nous amener au commissariat de police. Ils ont continué à me frapper, ensuite j’ai essayé de défendre Fati, et à ce moment un gars m’a frappé au cou avec une bouteille de bière. Pendant tout ce temps, des gens nous filmaient et nous photographiaient (…) Finalement nous avons pu nous enfuir grâce à des conducteurs de taxi-moto. »
Amnesty International a visionné plusieurs vidéos qui montrent une foule bruyante d’hommes faire face à Kani, Fati et Jennifer, acculé(e)s contre un mur, contraint(e)s de se déshabiller et empêché(e)s de dissimuler leur sexe avec les mains.
Le certificat médical de l’un(e) des victimes, consulté par l’organisation, conclut à une « contusion corporelle sévère compatible avec les sévices que la patiente déclare avoir subi », et prescrit une semaine d’incapacité totale de travail, rapporte 24h au Bénin.
Depuis l’agression, aucune d’elles n’a pu retourner à son domicile. Après la diffusion des vidéos sur les réseaux sociaux, certains de leurs parents ont menacé de les tuer ou de les empoisonner si elles rentraient chez elles. D’autres parents leur ont conseillé de se mettre à l’abri quelque temps, informe la même source. Aussi dans la nuit du 1er au 2 mai, deux individus se sont introduits dans le logement géré par l’association où les trois victimes ont trouvé refuge.
“Ils ont escaladé pour entrer dans la cour du bâtiment, mais ont été repérés par des gens qui ont crié pour les faire fuir,” a déclaré à Amnesty International le président de l’association. Il a indiqué que dans la journée, une foule s’était attroupée devant le bâtiment, en pointant du doigt les gens qui y entraient et sortaient. Il a déclaré à Amnesty International se sentir menacé.
Pour rappel trois hommes habillés comme des femmes ont été interpellés dans la nuit du 30 avril au 1er mai dans un bar à Cotonou. Ils ont été filmés par leurs agresseurs et la vidéo a fait le tour des réseaux sociaux.




 
 

 
 
 

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