COUP DE POING

Plus de 30 ans après la masterpiece des Dragons FC !

Appolinaire GOLOU 23/10/2019 à 10:03

Sans chauvinisme aucun, on peut dire que la météo du Foot sur le continent africain affiche des performances qui pâlissent la figure des clubs béninois. Certes, nos cœurs continuent de se noyer dans la volupté de l’antienne chantée à l’issue de l’inattendue prouesse des Ecureuils, tombeurs de grosses cylindrées, à la dernière Coupe d’Afrique des Nations (ndlr ¼ de finale). Et, il coule de source désormais que depuis Egypte 2019, le Bénin fait partie des pays, au moins une fois ¼ de finalistes ; un record qui reste jusqu’à preuve du contraire, notre plafond sur le continent. Mais, autant on peut gloser sur cet exploit de l’équipe fanion, autant les records dans les anales de la Confédération africaine de football indiquent des prouesses encore à soigner pour le Bénin. La preuve en 14 matchs de phase finale de CAN, le Bénin continue sa course-poursuite vers sa première victoire dans la compétition. En quatorze rencontres de phase finale, il a encaissé 22 buts et a marqué 07. Il est bien vrai que nous pouvons nous en contenter comme le recommande la Franco-béninoise, Sophie Adonon dans son célébrissime ouvrage Pour une Poignée de Gombos, je cite : « Ne te lamente pas sur ce que tu n’as pas, regarde d’abord ce que tu as et apprends à l’apprécier ». Mais ce sont autant de statistiques qui renseignent que le football béninois est loin d’un long fleuve tranquille.
A présent, descendons d’un palier pour admettre que la participation des clubs béninois aux compétitions Caf, quoique fadasse, est la vraie copie du niveau de ce football qui cherche toujours chaussures à ses pieds. Rarement, on a vu dans une compétition sur le continent, un club béninois sur le pré, le couteau entre les dents. Le récent exemple est symbolisé par le cliché sombre des Buffles de Parakou. En deux saisons successivement, le représentant béninois a marqué le pas. Face aux Ivoiriens de l’Asec Mimosa, puis devant l’Association sportive des Chauffeurs de la Kozah (ASCK), la chanson a été la même. Devant les Chauffeurs togolais, les Buffles se sont fait la malle, faute de performances face à un adversaire d’une facture pas extraordinaire. Un adieu qui d’une part, contraste avec les envies de leur président Laurent Gnansounou qui a dû casser sa tirelire pour faire face aux dépenses onéreuses. D’autre part, il meurtrisse le cœur des fans qui ont voulu se faire plaisir grâce au maintien le plus longtemps possible de l’équipe de Parakou dans le tournoi.
A un cheveu près, ils sont passés à côté de leur qualification, diront les plus optimistes-nés. La différence paraît si infime qu’on peut voir, peut-être à bon droit, le verre à moitié plein. Alors qu’en toute sincérité, il était à moitié vide.
Or, en réalité après la demi-finale des Dragons de l’Ouémé, club béninois face au Gor Mahia du Kenya plus de trente ans après, plus de repères de nos clubs sur le continent. Cet exploit des Orange et Noir, baromètre du foot béninois (ndlr en compétitions africaines des clubs) est chanté à tue-tête, parce que des décennies plus tard, plus rien à se mettre sous la dent. Alors, qu’est-ce qu’il se passe réellement ? Y a-t-il souvent d’erreurs d’aiguillage ; à quel niveau et à quel moment ? Que pouvons-nous espérer des clubs si en vérité leur sève nutritive demeure cet Etat-providence, seul et unique sponsor ? Si la sortie des Buffles peut être considérée comme le retour de bâton d’un recrutement en déséquilibre avec les ambitions des dirigeants en majorité, le diagnostic posé exige qu’on décerne un bonnet d’âne à la faîtière. C’est-à-dire la FBF, capable de faire durer autant qu’une saison entière, la trêve. Un dysfonctionnement qui pénalise par ailleurs les clubs béninois, obligés parfois de croiser des multinationales des quartiers de ville. Dans leur quête de sparring-partners, bien entendu en guise de préparatifs de coupes CAF. Pendant ce temps, leurs adversaires écument plusieurs journées de championnat pour la plupart des cas et sont en jambes avant de les croiser. C’est dire donc que le mal est plus profond et on ne doit pas stigmatiser les clubs seuls comme auteurs de mauvais résultats.
Dans l’absolu, il est difficile de dire hic et nunc, à quand un autre exploit de club béninois sur le continent à part celui des Dragons dans les années 80. Une prouesse qui reste, quoiqu’on dise, une masterpiece d’autant plus que depuis, nous n’en avons plus connu. Quid du talent scouting dans les équipes afin d’arrimer aux objectifs, les résultats ?
On a beau cirer, aux pensionnaires du club Universitaire de l’Ecole Supérieur D’Administration et d’Economie (ESAE), seule équipe béninoise encore en lice, les pompes. Mais, on se doit, en toute logique de se demander quelles peuvent être encore leurs marges de manœuvre ? Plus vous progressez, plus la concurrence devient un poil plus accrue. L’adversaire plus coriace que le précédent. Le club burkinabè qui les attend au prochain palier, Salitas FC, n’est pas un foudre de guerre.
Toutefois, il présentera, on le suppose, un visage plus convaincant que l’adversaire mauritanien qui, selon l’avis des experts a patiné sur les deux rencontres.
En tout cas, deux défis majeurs attendent le club de Clément Adéchian. Le premier : venger ses frères (les Buffles FC) et sauver cette face décharnée du football béninois. Pour au demeurant, démontrer que la face brillante du sport roi béninois, présentée à l’ère de la Rupture n’est pas un pis-aller. Loin des minimalistes, on en demande davantage à ESAE FC en dépit des sept buts marqués en deux sorties. Sans être contemporains de Feu Thomas Sankara, les joueurs doivent savoir qu’ils sont obligés de : « vivre ou mourir en révolutionnaires » dans la compétition. Plus est, ils sont astreints à mieux faire que l’Association Sportive du Port Autonome de Cotonou (Aspac FC). Il y a dix ans presque aux tours préliminaires, mais en C1, les Portuaires avaient sorti les Equato-Guinéens du Déportivo Mongomo FC avant de buter contre l’ogre tunisien de l’Espérance, futur vainqueur du tournoi à l’époque. Loin des cris d’orfraie, le football béninois a besoin de performances pour s’imposer sur le contient (version-club). Si et seulement si, on retrousse les manches et plie les pantalons, comme nous le recommande ce chant révolutionnaire, à la limite guerrier, connu de tous. En d’autres termes, nous devons remettre le cœur à l’ouvrage. Mais à vrai dire, on n’attend pas un Etat ou une faîtière avant de participer dignement à une campagne africaine de foot. Un club, c’est d’abord les moyens.
C’est Moi !

Appolinaire Golou



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