Coup de Poing

Mugabe entre le paradis et l’enfer !

Appolinaire GOLOU 15/09/2019 à 13:00

Il est vrai, l’actualité politique africaine est feuilletée à travers les élections présidentielles en Tunisie dont le ferment reste l’incarcération d’un homme d’affaires, candidat. Nabil Karoui, l’un des 02 candidats au second tour de la présidentielle pour blanchiment d’argent. Et, le président égyptien, le Général Abdel Fattah al-Sissi, sous les feux de la contestation. Mais, l’Afrique ne saurait passer sous silence, l’onde de choc provoquée par le décès de l’ancien président zimbabwéen, Robert Mugabe. A plus forte raison, le tiraillement entre le pouvoir et sa famille au sujet du lieu d’inhumation du nonagénaire. Décédé le 06 septembre 2019 à Gleneagles Hospital (Singapour), la mort de Robert Mugabe a provoqué sans grand bruit, un schisme digne des années 1054 entre les églises de Rome et celles de Constantinople. Entre laudateurs et opposants jusqu’au bout des ongles, son corps est loin de faire l’unanimité, tout comme le personnage lui-même de son vivant. Sous les feux des critiques, le natif de Kutama en Rhodésie du Sud (actuel Zimbabwe) a laissé des clichés qui révèlent une personnalité à la fois emblématique et controversée de la politique zimbabwéenne. Adulé par une infinitésimale partie du peuple qui a bénéficié de son hégémonie au pouvoir, Robert Mugabe rappelé à Dieu à l’âge de 95 ans dresse un tableau clivé par des rancœurs d’une part, et un passage sombre durant 37 ans de règne sans partage d’autre part. Sa lutte à géométrie variable contre l’impérialisme a un tant soit peu laissé croire qu’il était le vrai sauveur du peuple. Mais en réalité dans les faits, ce double personnage incarné à travers le despotisme plutôt qu’un libérateur dès sa prise de pouvoir a vite succombé devant le charme et les privilèges d’une telle maroquinerie. Le pas de l’oppresseur franchi, ce fils d’immigré du Nyassaland (devenu Malawi) qui a grandi à la mission catholique Jésuite de Kutama au Nord-est de la capitale Salisbury ne cachera point sa propension pour le pouvoir. Tels ses compères Félix Houphouët-Boigny, Étienne Eyadéma Gnassingbé, Mathieu Kérékou, Denis Sassou-Nguesso, Sékou Touré, Lansana Conté, Paul Biya, Omar Bongo, Blaise Compaoré, Mohamed Kadhafi qui tous ont passé au minimum 20 ans au pouvoir. De cause à effet, celui dont le père a abandonné le foyer familial alors qu’il n’avait que 10 ans a marqué au fer rouge comme s’il détenait le droit de vie et de mort sur son peuple, ses compatriotes. Pendant plus de trois décennies au pouvoir, l’un des pères fondateurs de l’Union nationale africaine du Zimbabwe - Front patriotique (ZANU-PF), Mouvement créé depuis 1987 a certes inauguré des chrysanthèmes. Mais il n’a pu trouver la panacée adéquate pour sortir son peuple de la misère 37 ans durant. Inhumé ce samedi 28 septembre 2019 dans l’anonymat sans la présence d’aucun chef d’Etat, il a provoqué même éteint, un antagonisme digne d’un oppresseur. Le lieu de son enterrement, source de dispute (ndlr enfin dans son village à Kutama à 100 km de la capitale) est révélateur du crépuscule de ce dictateur. Pire, le stade clairsemé qui a accueilli ses hommages le 14 septembre dernier est un signe patent que de guerre lasse, les Zimbabwéens ont dit après tant d’années de brimade, semble-t-il, ouf enfin ! Passé au révélateur après sa chute en 2017, tout le monde s’est rendu compte qu’il a laissé un Zimbabwe divisé.
Maintenant une question : entre l’enfer et le paradis, où sera-t-il reçu par les Anges de Dieu après son inhumation ? En effet, cette interrogation qui vaut son pesant d’or laboure sans cesse nos pensées et nous rappelle ipso facto les atrocités subies par un peuple qui a vécu des périodes austères sous ce tyran. Selon l’évidence, il a instauré sous son règne, un état policier pour mieux diriger avec des mains de fer dans un gant de velours, le peuple zimbabwéen promis à la malédiction. En tout cas, tout semble concourir à cette déduction pour la jeunesse de ce pays dont l’avenir se retrouve, jusqu’à preuve du contraire, dans les limbes. Car, malgré la fatwa de la ZANU-PF dont la suite, in petto obligea l’armée à demander à Feu Robert Mugabe de jeter le froc aux orties ; chose matérialisée par cette fameuse lettre de démission du 21 novembre 2017, son successeur n’est pas en mesure d’aider son peuple à rejoindre la terre promise. Oui, en vérité, Emmerson Mnangagwa pour presque deux ans au pouvoir continue de tailler des plants sur la comète. De sorte à faire regretter Grace Mugabe, la veuve de Robert Gabriel Mugabe qui a voulu comme dans une dynastie succéder à son ex-époux au pouvoir. Le patinage de Emmerson Mnangagwa est-il dû au règne sans partage de Robert Mugabé qui n’a pas préparé la relève ? « Bon sang ne saurait mentir », dit-on. L’actuel chef d’Etat zimbabwéen Emmerson Mnangagwa a tiré les 400 coups avec son ancien mentor. Il est un produit fini de « l’Ecole de Mugabe », définitivement admis au royaume de Dieu. Mais au paradis ou en enfer ?
L’un dans l’autre, on convient tous que les autres chefs d’Etat africains qui ont choisi de mourir au pouvoir n’ont légué que des pays en lambeaux sous l’effet des bombes à la postérité. Et, la plupart d’entre eux, Robert Mugabe y compris, méritent une place en enfer. Dieu même sait, les Anges aussi le savent.




 
 

 
 
 

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