Coup de Poing

Pourtant il ne s’agit pas d’un pis-aller !

Appolinaire GOLOU 25/11/2019 à 13:59

Du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, l’école béninoise renifle les belles odeurs de la réouverture de ses classes. Peu ou prou, elle a repris vie en un mois presque. Sortis des catacombes sabbatiques comme leur en impose le calendrier scolaire, enseignants et apprenants ont fait le deuil des périodes de vacances pour reprendre le chemin des cours. Sans se mettre martel dans la tête, nos pédagogues, conscients de leur mission dans la République sont vent debout pour la noble cause : inculquer le savoir aux apprenants. En dépit des mutations et évaluations diagnostiques, instituteurs et professeurs, de mauvaise grâce, se plient aux ordres de la cité. Dans des conditions fadasses, nos maîtres et professeurs ne rechignent guère devant le sacerdoce. L’appel de Vigny dans La mort du loup eut d’écho dans leur subconscient : « fais énergiquement ta longue et lourde tâche… ». Sur le damier des privilèges arrachés à tort ou à raison (ndlr revendications, droit de grève), pas de cris d’orfraie. Encore moins lâcher sa proie pour l’ombre n’a guère été, pour le corps enseignant, une alternative plausible. Qu’à cela ne tienne ! « L’enseignant est une boussole qui active les aimants de curiosité, la connaissance et la sagesse chez les élèves », selon Ever Garrison. Au Bénin, l’instructeur ne demande pas à être traité aux petits oignons, tel le politicien. Alors, après la rentrée des classes, qu’a fait l’Etat proprio motu pour poser des jalons aux fins d’en assurer de meilleurs résultats en fin d’année ? En effet, il n’est plus un secret pour personne qu’ils sont voués aux gémonies, ces directeurs et assimilés, en cas de mauvais résultats de fin d’année. Rien que sous ce prisme, on s’aperçoit que le système d’éducation est soumis entre autres à la pression d’une pensée utilitariste, fruit du néolibéralisme ; terreau fertile sans doute au rendement et à la vitesse. En d’autres termes, il faut terminer les programmes d’études dans les temps et bien. Face à cette demande illico, l’enseignant béninois s’arrange pour d’une part, satisfaire le politique avide de résultats pour paver son mandat, et les conditionnalités d’une société qui veut garantir son développement à travers des têtes bien faites. « L’enseignement est une profession qui enseigne toutes les autres professions », dit-on. Raison de plus pour que ces formateurs de l’ombre qui ne demandent pas la peau des fesses ne soient plus traités avec condescendance. Nous avons besoin de la formation pour mettre fin à une République de godillots et des délinquants en col blanc. Le chirurgien pour ne point délaisser la paire de ciseaux dans le ventre de son patient en a besoin. Supposément, l’enseignant demeure l’unité centrale ou le centre de gravité dans la cité. Responsabilité reconnue par Rousseau à travers son encyclopédie Emile ou l’Education. Il va s’en dire alors que pour Hugo qui reconnaît que « chaque enfant qu’on enseigne est un homme qu’on gagne », l’enseignant doit se sublimer tel un as pour faire de l’apprenant capricieux ou de l’élève buissonnier, un cadre responsable plus tard. Demande aussi pressante que la corvée infligée à Heraclès, fils de Jupiter et d’Alcmène (ndlr les 12 travaux d’Hercule). Mais à la vérité, l’État à travers son comportement en est-il conscient ? Tout comme le paradoxe de la poule et de l’œuf, la réponse à cette question est tout autant complexe. La profession de bonnes intentions du politique ne signifie aucunement que la problématique est résolue. Les prestidigitations et les incantations sur nos écrans de télévision ne reflètent pas la réalité. L’école a rouvert ses portes avec les mêmes problèmes, aussi vieux que le monde. Sur l’enchevêtrement de la raréfaction des modiques primes et l’amenuisement des classes pédagogiques, se greffe le débilitant problème de manque de salles de classe et celui d’inondation dans certaines écoles. Effets immédiats, les myriades d’apprenants sont massifiés comme des dunes dans des salles de cours pendant que d’autres se rendent sur leur lieu de savoir au moyen d’une pirogue. Une conjonction de problèmes qui hypothèquent la réforme du recrutement d’enseignants dits Aspirants au métier d’enseignement pour le secondaire, qui elle aussi a ses propres imperfections. C’est dire donc que le ver est dans le fruit. Pire, le démarrage des cours bégaie faute d’emploi du temps et d’heures de cours. Pendant ce temps, les affectations sont opérées dans un vrai capharnaüm, créant de surnombre par ici et de vide par là. La rentrée apaisée dit-on, n’est que la partie visible de l’iceberg. Aux antipodes des discours doucereux, s’oppose la réalité du terrain. Or, « un homme, une mission, des moyens », dit-on. L’enseignant n’en demande même pas assez. Sa passion et sa vocation, seule astreinte combinatoire constitue le ferment de son dévouement au métier. Comme le forgeron capable de manier différents métaux pour en sortir l’airain, ‘’ce janissaire de la craie’’ a la possibilité de façonner et ensuite modéliser l’apprenant malandrin. Voilà pourquoi hic et nunc, nous leur devons hommages. Oui, à ces acteurs de ce secteur sacrificiel, condamnés peut-être à travers l’inhalation de la craie au quotidien, et par ricochet aux maladies pneumologiques. La journée de l’Enseignant célébrée dans l’anonymat ce samedi 05 octobre n’en donne même pas la preuve qu’il s’agit d’un métier vénérable et non un pis-aller.




 
 

 
 
 

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