Chronique

Kérékou : l'ancien ambassadeur parle du terrorisme au Mali et au Bénin, lire son analyse

L’investigateur 26/01/2022 à 21:37

Le Mali est une digue contre le terrorisme pour l’Afrique de l’Ouest qu’il faut continuer à renforcer. Si elle cède, tous les voisins immédiats et plus tard les voisins éloignés en seront touchés indubitablement. La CEDEAO devrait le comprendre ainsi et ne ménager aucun effort pour venir en soutien à l’Etat malien. Elle ne devrait pas lésiner aussi sur les moyens humains, logistiques et financiers pour prêter main forte à l’armée malienne. Sa priorité doit être la sécurité d’abord et la gouvernance politique après. Et non le contraire. Il faut donc souhaiter au plus vite la reprise du dialogue entre le Mali et l’Organisation. Un sommet extraordinaire serait la bienvenue pour ramener les différentes parties à la table de négociation et aplanir les malentendus ainsi que les positions divergentes. Chaque partie devrait être en mesure de faire des concessions pour arriver rapidement à un compromis ; la réduction de la durée de transition contre l’annulation des sanctions économiques. Il faut une synergie d’actions de tous les acteurs pour juguler la crise.

Si les sanctions persistent, le Mali ne pourra pas tenir plus de trois mois. Il faut être un profane pour penser que la Russie à elle seule pourrait résoudre le problème des maliens, ou que du jour au lendemain le Mali pourrait émettre sa propre monnaie. Ce point de vue est puérile. Le tableau n’est pas aussi simple malgré la volonté de fer de la junte au pouvoir car le Mali est d’abord et avant tout un pays enclavé. Il ne peut se passer à court, et même à moyen terme de ses voisins et de l’Union Économique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA/FCFA). Ce qu’il faut en premier craindre si rien n’est fait dans les prochains jours c’est l’inflation et la cherté de la vie. Le Mali court le risque d’être asphyxié financièrement, ce qui pourrait rompre la digue pour le malheur de toute l’Afrique de l’Ouest. La CEDEAO devra en assumer la plus grande partie de la responsabilité et le pire peut arriver.

Je voudrais ici ouvrir une parenthèse sur le rôle de la France dans ce conflit. Contrairement à ce qu’on admet aujourd’hui et à l’analyse objective des faits, elle n’a pas démérité. Et ses premières actions ont été saluées par les maliens mêmes et ensuite par la communauté internationale. En 2013 les raids aériens combinés à des frappes sporadiques et chirurgicales de l’opération Serval ont fait selon la presse internationale une centaine de mort dans le camp des groupes terroristes. Plus tard, c’est l’opération Épervier avec un spectre plus large qui a pris le relais de manière à et contenir les menaces djihadistes, pas seulement au Mali mais tout le long de la bande du Sahel. Plus tard, en Août 2014, l’opération Barkhane a pris le relais en fusionnant les deux forces : Serval et Epervier. C’est le côté militaire. Et ce n’est pas tout. Quelques mois avant, en février 2014, un cadre institutionnel de réponse collective aux questions de développement et en Afrique sub-saharienne, plus précisément sur la bande du Sahara, a été mis en place. C’est le G5 Sahel. L’organisation est dotée d’un budget. Le Bénin n’en fait pas partie.

Le résultat de l’intervention militaire française au Mali est probant : 47 morts du côté français et 1.300 morts environ du côté des djihadistes. Il faut aussi souligner le succès majeur enregistré le mercredi 15 septembre 2021 après plus de huit ans de combat avec la mort d’al-Sahraoui, chef djihadiste au Grand Sahara. Ce n’est pas rien. Sans cette intervention énergique, le Mali aurait déjà connu le triste sort de la Somalie en 1991 et serait devenu un État en faillite contrôlé du Nord au sud et de l’Est à l’Ouest par différentes factions islamistes.

Toutefois, la France n’a pas été en mesure de mettre fin à la guerre et les espoirs suscités en 2013 se sont évanouis aujourd’hui au point, où elle soit priée de plier bagages au profit de l’opération Wagner (Russie). A ce niveau, il ne faut surtout pas en vouloir au peuple souverain malien qui a certainement des raisons bien-fondés pour ce changement de partenaire militaire. Selon la presse malienne et des vidéos sur les réseaux sociaux, le partenariat russo-malien semble déjà porter ses fruits en moins de quelques mois. C’est une nouvelle expérience dans la lutte contre le terroriste. Le G5 Sahel quant à lui est maintenu. Il couvre en plus du Mali, le Tchad, le Niger, le Burkina-Faso et la Mauritanie.

Pourtant la France, 5ième puissance mondiale, alliée des Etats-Unis, membre de l’OTAN et membre du Conseil de Sécurité des Nations Unies, dispose d’une diplomatie opérationnelle, d’une armée forte, d’une capacité logistiques extraordinaire et d’un renseignement sophistiqué pour mettre fin à cette injustice au nord du Mali. Que s’est-il passé entre temps !

Les forces régionales ne sont pas restées en marge pour prêter main forte à l’armée malienne. C’est un effectif annoncé de 3.300 hommes que la CEDEAO a déployé sur le théâtre de combat malien. Le Niger, le Nigéria et le Sénégal ont approuvé en 2013 l’envoi chacun en ce qui les concerne d’un bataillon de 500 hommes. Le contingent béninois prévu à l’époque était de 650 hommes de l’infanterie et de la gendarmerie qui viendrait en appui à celui du Togo pour débouter une fois de bon ces terroristes et libérer le peuple malien du joug de la domination des extrémistes

fondamentalistes terroristes. On ne peut rester en prières, se réjouir et saluer le courage de nos forces armées qui ont accumulé depuis un moment des expériences de tout genre à travers non seulement les diverses opérations de maintien de paix, notamment en Côte d’ivoire et au Congo, mais aussi les manœuvres de simulation effectuées sous la supervision des coopérants français et belges. C’est l’occasion de montrer effectivement à la face de l’Afrique et du monde ce dont nos forces armées sont capables en situation de combat réel. Le Bénin, voisin éloigné du Mali, ne pouvait rester indifférent à la vaste opération militaire de libération du Mali.

Aujourd’hui, nos forces de défense et de sécurité ont acquis l’expérience nécessaire pour affronter les groupuscules de djihadistes qui pullulent au nord-ouest du Bénin. Le nord-est n’en est pas épargné et il faut prendre la menace Boko-haram très au sérieux.
A suivre…

Moïse Kérékou




 
 

 
 
 

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