Education

Bénin : lettre ouverte à Patrice Talon pour une situation reluisante des pré-insérés

L’investigateur 4/09/2020 à 16:02

Un philosophe de formation a adressé une lettre ouverte au chef de l’Etat, Patrice Talon. KOUSSOUMA D. Doris Martial comme c’est de lui qu’il s’agit, a dans sa lettre, salué les efforts de Patrice Talon pour le bien-être du système éducatif en particulier et des enseignants en général, plaide pour les pré-insérés. Il pense que le chef de l’Etat fera quelque chose pour ses enseignants. Lire sa lettre ouverte.

Lettre ouverte au Président de la République,
Chef de l’État, Chef du Gouvernement,
Monsieur Patrice Athanase Guillaume TALON :
« C’est encore possible de sauver cette génération »

Par KOUSSOUMA D. Doris Martial
Philosophe de formation
Enseignant pré-inséré de philosophie en poste au Ceg4 Bohicon

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Monsieur Le Président de la République,

Je veux chercher si, dans l’ordre chronologique des actions gouvernementales de notre État que vous dirigez depuis 2016, il peut y avoir une règle d’administration légitime et sûre, dans le registre de l’élaboration des politiques publiques sur l’emploi des jeunes, des jeunes citoyens béninois. Je tâcherai d’allier toujours, dans cet exercice intellectuel ce que le droit permet avec ce que l’intérêt prescrit afin que la justice, l’utilité et l’intérêt général ne deviennent dichotomiques.

Si j’ai choisi de m’adresser à votre Excellence par voie de presse, à travers cette lettre ouverte et à l’orée de cette année scolaire 2020-2021, c’est pour d’abord vous dire in peto, de façon urbi et orbi ce que je pense à cette étape de l’exécution du Programme d’Action du Gouvernement dans le domaine de l’éducation, qui en soi est le gouvernail de votre premier mandat axé sur les réformes, ensuite plaider pour l’apaisement de la situation de cette catégorie d’enseignants appelés « enseignants pré-insérés » que les réformes ont permis d’instituer.

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Monsieur Le Président de la République,

J’entre en matière en commençant par vous dire que tout le mérite est à vous pour avoir réussi à sédentariser en un collège fixe et précis cette population enseignante qui naguère était nomade, et qui accomplissaient périlleusement leurs obligations professionnelles.

Cette réforme portée par votre programme d’action du gouvernement est salutaire, salvatrice et bienfaisante.
En effet, Monsieur Le Président, la réforme, quoique difficile pour les acteurs ne doit pas écarter les acteurs et les avilir en leur faisant subir les affres du désespoir. La pratique actuelle en cours avec vos enseignants issus de cette réforme n’est pas de nature à garantir un mieux-être et un avenir meilleur à ces milliers de vos jeunes qui aspirent à la fonction enseignante. Tout porte à croire qu’ils ont commis le crime de lèse-majesté en choisissant d’embrasser cette carrière enseignante, de former les enfants du Bénin et de les aider à construire leurs différents savoirs. La gestion et l’emploi de vos enseignants pré-insérés rappellent les conditions avilissantes de travail de l’ouvrier dans une usine du système capitaliste, longuement dénoncées avec emportement et impétuosité par le philosophe allemand Karl Marx. Dans ce système capitaliste qui nourrit les relations serf et Seigneur au XIX° siècle, Karl Marx a démontré comment l’ouvrier est exploité jusqu’à la moelle épinière. C’est pourquoi il affirme : « Dans son travail, l’ouvrier ne s’affirme pas, mais se nie, il ne s’y sent pas satisfait, mais malheureux ; il n’y déploie pas une libre énergie physique et intellectuelle, mais mortifie son corps et ruine son esprit ». En conséquence, dans sa quête d’un premier emploi stable et sécurisé ; dans sa quête du mieux-être, votre enseignant pré-inséré subit un contrat de travail moins digne d’être offert à son compatriote bénéficiaire d’un autre programme analogue.

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Monsieur Le Président de la République

En décidant d’intituler cette lettre ouverte « C’est encore possible de sauver cette génération », c’est pour en appeler à l’institution que vous incarnez, le Chef suprême de notre République. Laquelle institution qui fait de vous le père de la nation. A ce titre, je continue de penser et de croire que le pouvoir d’arrêter le massacre de vos jeunes (qui constituent la cheville ouvrière du développement de notre pays) revient exclusivement à votre haute autorité.

Savez-vous que vos enseignants pré-insérés ne sont pas concernés par la journée de réflexion et qu’en conséquence ils n’ont pas droit aux primes de rentrée ?

Savez-vous que vos enseignants pré-insérés sont victimes d’un contrat qui ne couvre seulement que 9 mois dans l’année ?

Savez-vous que vos enseignants pré-insérés ne savent pas la finalité du programme dont ils sont les bénéficiaires ?

Savez-vous que vos enseignants pré-insérés ont déjà franchi la barre des 30 ans de vie et sont considérés comme des citoyens qui n’ont pas droit à la vie conjugale selon le Ministre Mahougnon KAKPO ? Face à cette déclaration du Ministre, je me demande dans quel livre divin il a pu pêcher cette assertion.

Savez-vous que vos enseignants pré-insérés titulaires du plus haut diplôme de l’enseignement secondaire à savoir le Certificat d’Aptitude au Professorat de l’Enseignement Secondaire (CAPES) sont payés mensuellement à 125.000f, Master/Maîtrise à 105.000f, la licence à 95.000f et ceci pour 9 mois seulement dans l’année ?

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Savez-vous que certains de vos enseignants pré-insérés sont passés de vie à trépas, d’autres ont vu leurs foyers disloqués au cours de l’année scolaire 2019-2020, à cause de l’insuffisance du salaire qui ne couvre pas les charges du ménage ? A tout cela s’ajoutent les mutations sévères et presque punitives (de Bohicon à Malanville, de Abomey-calavi à Copargo...) opérées par les structures compétentes et sans aucun accompagnement.

Savez-vous que vos enseignants pré-insérés font plus de 80% de l’effectif du personnel enseignant des collèges et lycées de notre pays ?

Savez-vous que vos enseignants pré-insérés sont quand même des enseignants compétents ?

Monsieur Le Président de la République

Savez-vous que vos enseignants pré-insérés sont convaincus et rien au monde ne peut ébranler cette conviction que si vous êtes mis au courant de leur situation, vous allez agir dans le sens de les sauver de la précarité et leur offrir des conditions moins indignes ?

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Il est encore possible de bien faire. Il est encore possible de sauver cette génération.

Voilà, Excellence Monsieur Le Président de la République, les quelques éléments de la situation que vivent vos enseignants pré-insérés. Sous ma plume, trempée dans l’encre de l’espoir, ces enseignants pré-insérés du Bénin se tournent vers vous pour de meilleurs jours à la rentrée 2020-2021.

Recevez, Excellence Monsieur Le Président de la République, l’expression de mes considérations empreintes de respects.




 
 

 
 
 

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